SHAKESPEARE AND COMPANY/

SHAKESPEARE AND COMPANY/

Interview Illustrée / Texte de Marie-Anne Bruschi

Dans la liste des monuments incontournables à voir à Paris, il y a la Tour Eiffel, le Sacré-Cœur, Notre-Dame et … la librairie Shakespeare and Company ! Mais ne le répétez surtout pas à Sylvia Whitman, l’heureuse propriétaire, elle déteste que l’on sacralise ce lieu unique en accentuant son côté muséal. Elle met toute sa fougue pour qu’il reste avant tout une librairie, un espace de rencontres, vivant, où le cœur des amoureux de littérature bat forcément un peu plus fort. Comme le sien s’emballe pour ce temple dédié aux livres anglo-saxons qu’elle a hérité de son père.

Car dans la vie de Shakespeare and Company, il y a deux Sylvia. La première, Sylvia Beach, créa en 1919, Shakespeare and Company au 12, rue de l’Odéon, une librairie fréquentée par des intellectuels tels qu’André Gide et Ernest Hemingway. C’est elle qui publia le célèbre Ulysse de James Joyce en 1922. L’histoire aurait pu s’arrêter là avec pour seul rappel une plaque accolée à l’immeuble, mais c’était sans compter sur la venue en 1951 d’un autre américain, George Whitman. 

Il rebaptisa sa librairie de la rue de la Bûcherie du nom de celle de Sylvia pour faire perdurer l’âme de cette femme qu’il admirait tant. Son adresse du quai de Seine devint le rendez-vous et le refuge de la Beat Generation allant jusqu’à héberger 7 auteurs en résidence. C’est lui qui écrivit les bons comme les moments difficiles de la librairie.

C’est seulement à 19 ans, que sa fille Sylvia réapparait dans sa vie. « Je suis tombée amoureuse des livres, de Paris et de mon père » avoue-t-elle en souriant. En 2006, elle reprend officiellement la direction avec son mari, David.

Bien avant les réseaux sociaux, Shakespeare and Company a connu plusieurs vies et a failli tourner la page. Grâce à la clairvoyance et la persévérance de Sylvia, l’adresse a su perdurer et garder l’esprit des fondateurs. « Je n’ai jamais écrit de livre mais chaque coin de la librairie, c’est un chapitre de mon roman » s’amuse-t-elle à dire. Doucement mais fermement, elle appose son style. Pas question de trahir, ni les êtres aimés ni les clients.

« Il y a une âme. L’ambiance, c’est un langage. Je voulais garder cet esprit et mettre la poésie et la littérature au cœur ».

Préserver ce décor tout droit sorti des années 50 est l’une de ses missions. Elle a réussi avec habileté à faire évoluer cette capsule temps aux faux airs de labyrinthe avec la création d’une mezzanine ou en poussant, par-ci par-là, les murs pour accueillir jusqu’à 3000 clients par jour, succès sur les réseaux sociaux oblige. Elle a même annexé la boutique d’à côté en sympathique coffee-shop pour éviter qu’elle tombe entre les mains d’une chaîne. Et dans un quartier où le prix du mètre carré affole, elle s’offre même le luxe de conserver une salle à la lecture avec une fenêtre s’ouvrant sur la cathédrale Notre-Dame. Dans cette pièce rien n’est à vendre et certains des livres sur les étagères proviennent de la bibliothèque de Simone de Beauvoir.

Rencontres, lectures, signatures, édition maison, auteurs en résidence, livres en français et en anglais, neufs ou d’occasion, tote bag… elle continue d’écrire l’histoire du lieu au présent aidée par une équipe d’une cinquantaine de personnes qui se relaie pour ouvrir 7 jours sur 7. La romance entre cette librairie, les auteurs et les lecteurs n’est pas prête de voir le mot FIN. 

Le Paris de SYLVIA WHITMAN

C’était comment Paris dans vos yeux d’enfant ?

« Je suis née à l’hôtel Dieu mais j’ai quitté tôt Paris. Je me rappelle vers 4-5 ans de l’esplanade de la cathédrale de Notre-Dame avec des marchandes qui vendaient des pochons de lavande. L’odeur, le lait et mon pain au chocolat dans lequel je croquais… ça m’a marqué. »

Où retrouver le sourire à Paris ?

« Sur les quais de la rive gauche face aux bouquinistes avec cette lumière incroyable qui irradie sur la Seine. Un peu plus loin des gens dansent et pas mal de gens promènent leur chien, il y a une sorte de petite communauté. C’est un endroit en parallèle de la ville, pleins de contrastes et assez magique. »

Le dernier restaurant que vous avez testé ?

« J’adore aller chez Caluche, je trouve le lieu très français et il y a une carte de super vins  ».

*Le lieux vient de changer de propriétaire et s’appelle désormais Balthazar, 12, rue de Mirbel, 75005 Paris.

La boutique où vous avez envie de tout ?

« Pour moi, c’est les librairies ! Tous les jours, j’ai envie d’un livre. De voir tous ces sujets variés, ça me captive. Lire, ça donne un esprit jeune et ça maintient la curiosité. Je lis au moins 1h chaque matin. »

Le plus bel endroit pour donner un rendez-vous et à qui ?

« Au jardin du Luxembourg. J’ai le souvenir d’avoir lu Kundera là-bas. Un souvenir de bonheur. Il y a une élégance intemporelle et l’on trouve toujours une chaise pour s’asseoir.»

Jardin du Luxembourg, rue de médicis, 75006 Paris. Parisinfo.com

La rue… qui fera toujours battre plus fort votre cœur

« La rue Saint Jullien le Pauvre (5e) à côté de la librairie. La vue sur Notre-Dame est incroyable de là-bas et elle compte la plus vieille église et le plus vieil arbre de Paris. Il ressemble d’ailleurs à celui de La Tempête de Shakespeare. »

SHAKESPEARE AND COMPAGNY  37 rue de la Bûcherie, 75005, Paris